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« Vacances apprenantes » : une première édition prometteuse.

À la fin d’une année scolaire chahutée par le Covid19, le gouvernement a annoncé l’investissement de 200 millions d’euros pour la mise en place de « Vacances apprenantes ». L’objectif de cette opération : permettre aux élèves de partir en vacances et de…

À la fin d’une année scolaire chahutée par le Covid19, le gouvernement a annoncé l’investissement de 200 millions d’euros pour la mise en place de « Vacances apprenantes ». L’objectif de cette opération : permettre aux élèves de partir en vacances et de rattraper une partie du retard scolaire accumulé par certains élèves fragilisés par le confinement. Alors qu’écoliers, collégiens et lycéens ont repris la semaine dernière le chemin de l’école et retrouvés, masqués, leurs professeurs et camarades, quel bilan pouvons-nous tirer de cette initiative de vacances studieuses et ludiques ?

Un bilan chiffré proche du million, porté par un afflux massif vers les accueils de loisirs.

Fin août, le ministère de l’éducation a annoncé le nombre de 950 000 enfants bénéficiaires de l’opération « Vacances apprenantes », proche de l’objectif d’un million initialement prévu. La majorité des bénéficiaires, 570 000 enfants, concerne les accueils de loisirs sans hébergement qui ont reçu une aide pour développer des contenus pédagogiques et respecter les protocoles sanitaires. Le dispositif « Ecoles ouvertes » a été sensiblement élargi, bien qu’il n’ait pas atteint l’objectif des 400 000 bénéficiaires. 242 000 élèves ont profité de l’ouverture de leur école durant l’été pour du renforcement scolaire et des activités sportives, contre 70 000 en 2019. Les écoles ouvertes buissonnières, organisées à la campagne, à la montagne ou à la mer ont accueilli 8 000 jeunes. Enfin, les colonies apprenantes financées à 80% par l’Etat ont permis à 125 000 enfants de partir en vacances tout en bénéficiant d’activités ludiques et sportives – néanmoins inférieur aux 250 000 bénéficiaires initialement prévus.

Ces chiffres sont encourageants, au regard de l’urgence dans laquelle s’est montée cette opération. Pour organiser les activités, les établissements ont dû être réactifs et intégrer les contraintes liées au Covid-19 : régles sanitaires, protections, groupes réduits.  Pour retrouver et motiver les élèves en difficulté, éloignés de l’école après le confinement, les collectivités, les établissements et les associations se sont fortement mobilisés. Certains maires ont lancé des campagnes massives de communication avec distribution de prospectus comme à Grigny (Essonne). Certains établissements sont allés chercher leurs élèves en faisant du porte-à-porte, tandis que des associations comme Emmaüs, le Secours Populaire, le Samu Social, les Restos du Cœur et la Croix Rouge identifiaient dans leurs bénéficiaires les enfants en situation de grande fragilité.

Certains directeurs regrettent néanmoins de ne pas avoir revu leurs élèves décrocheurs durant ces stages. Ils ont aussi parfois manqué de professeurs volontaires, qui ont répondu non après un confinement épuisant. 

Des formats innovants, qualitatifs et motivants qui renouvellent l’apprentissage

L’enthousiasme fait l’unanimité dans les articles de presse locale qui relatent les opérations « Vacances apprenantes » concluantes et la satisfaction des acteurs concernés et des jeunes. A Marcq en Baroeul, directeurs et enseignants sont satisfaits d’avoir pu repérer des élèves en difficulté et les accompagner au mieux. A Goussainville dans le Val d’Oise, 1 300 élèves ont conforté leurs niveaux scolaires tout en découvrant de nouveaux sports et activités. Certains sont même partis une semaine à la mer pour une participation symbolique de 5 euros.

La volonté d’insuffler un air de vacances aux dispositifs déployés transparait dans les activités proposées et participent à un renouvellement de l’apprentissage salué par les jeunes. En colonie ou en sorties, les apprentissages se sont nourris du changement d’environnement : quiz sur les monuments historiques, cours sur l’environnement, comptes-rendus d’activités telles que le surf ou la voile quiz avec vue sur mer… Le mot d’ordre semble avoir été : « Apprendre en s’amusant ». Les activités ludiques, la sortie des quartiers, la vie en collectivité ont globalement permis de s’ouvrir au monde et aux autres. Les écoles et centres de loisirs ont également repensé leurs programmes et proposé aux jeunes de développer leurs softskills grace à des ateliers théâtre, des escape games, des cours de cuisine ou encore des cours sur la sécurité routière.

Provoquée par le Covid-19, l’opération « Vacances apprenantes » n’a pas manqué de revenir sur la situation sanitaire. Certains professeurs ont fait le choix de revenir sur le confinement, permettant aux jeunes de s’exprimer sur cet épisode particulier. D’autres se sont appuyés sur le virus pour développer du contenu pédagogique : prévention santé, prévention sur l’environnement… Les jeunes et les encadrants notent même que ce dispositif a constitué un entrainement et leur a permis de s’habituer au respect du protocole sanitaire, avec la distanciation sociale et le port du masque, désormais obligatoire en classe.

Un large engagement contre le décrochage scolaire, du public au privé

Venant compléter le financement de l’Etat, les collectivités locales ont massivement répondu présentes et apporté des financements complémentaires pour l’accompagnement des jeunes. Par exemple, la ville de Grigny a investi 150 000 euros de plus qu’en 2019 pour les activités estivales jeunes. Elles se sont aussi mobilisées pour recruter des étudiants tuteurs et trouver des encadrants volontaires. D’autres ont investi dans l’aménagement d’activités dans leurs communes, comme le maire de la ville de Trézalé près d’Angers qui a transformé le parc des sports en un lieu d’accueil des familles avec des tentes, des poneys, des jeux d’eau… Les associations spécialisées dans l’éducation, l’égalité des chances et la lutte contre le décrochage scolaire ont également répondu présentes sur une période où elles ne sont normalement pas en activité.

Dans le secteur privé, la mobilisation de Ceetrus (groupe Auchan) souligne la complémentarité des acteurs dans ce programme et plus globalement dans la lutte contre le décrochage scolaire. Son opération Aushoping Campus a reçu le label « Vacances apprenantes » du ministère. Elle consistait en la distribution gratuite de cahiers de vacances, du soutien scolaire gratuit dans une cinquantaine de centres commerciaux Auchan et se clôturait avec une dictée nationale le 29 août.

Vers une pérennisation des vacances studieuses ?

Mi-août, le premier ministre Jean Castex s’est dit favorable à la reconduction du dispositif, même hors crise sanitaire. En effet, au-delà des objectifs quantitatifs, l’expérience a été qualitativement concluante. Ces résultats obtenus suite à une organisation dans l’urgence montrent le potentiel d’un tel dispositif mieux organisé et pensé dans la durée. Les vacances apprenantes, si elles étaient pérennisées, pourraient constituer un nouveau rempart massif contre le décrochage scolaire.  

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